Dossier du 07/10/2009 à 18:48
Une success story
Les frères Bracq.
Passée en un siècle du prêt-à-porter et à la lingerie fine de luxe, et de Caudry à Fontaine-au-Pire, la petite entreprise a connu la crise. Et s'en est relevée encore plus forte.

Elle n'est en rien une start-up. Ou une lubie d'un investisseur farfelu au gros cigare. Pierre Bracq SA est une entreprise du Cambrésis plus que centenaire. Sa spécialisation dans la lingerie est néanmoins contemporaine. Et son pari de la création de marque, encore plus récente.
« Mon frère et moi constituons déjà la troisième génération », rappelle Jérôme Bracq, le directeur commercial, à la tête de la structure avec Vincent, son frère. La société existe depuis 1892. « A l'époque, reprend-il, notre grand-père, Maurice, avait deux métiers. Il travaillait pour les marques de prêt-à-porter et de lingerie. La lingerie, c'était surtout des corsets, pas celle que l'on connaît aujourd'hui. Il y avait alors peu de broderie. »
L'entreprise a pris un premier virage au début des années 60. « Notre père, Pierre, a redimensionné la société et l'a faite exploser. Cela a été un homme très courageux. Il a repris la société à l'âge de 25 ans et s'est orienté vers la lingerie en 1962. » Le marché a été très porteur. « De là, la société a évolué. En 1999, nous avons quitté Caudry pour Fontaine-au-Pire. On a investi dans les métiers à tisser de nouvelle génération. Mon frère, Vincent, a su travailler les nouveaux logiciels pour s'adapter au piquage électronique. »
Absorbée par les Belges
L'entreprise a connu des hauts comme des bas. Des bas ? Pas le dessous chic. Mais bien des difficultés, comme toute structure économique. « Il y a à peu près 25-30 ans, le marché du linge de maison s'est un peu effondré avec les imprimés. C'est à ce moment que l'on s'est vraiment lancé dans la lingerie féminine. Cela a permis de donner un coup de fouet à la société, de la relancer et de passer vraiment à une dimension supérieure. »
Le joyau de la famille Bracq a alors intéressé grandement le groupe belge de lingerie Van de Velde, qui commercialise les marques Marie Jo et PrimaDonna. « On s'occupait de la création et le style pour ces marques. On assurait aussi la production des bandes brodées, mais pas la confection, l'assemblage final. On ne faisait alors pas les articles finis », se souvient Jérôme Bracq
Jusqu'au début des années 2000, l'entreprise fontenoise travaille à 80 % pour Van de Velde. Le reste de la production est destiné à d'autres marques aussi prestigieuses : Lejaby, Empreinte et Lise Charmel. Et rien ne laissait penser que ces pièces trouvaient leur origine dans le Cambrésis.
« On a été absorbé par les Belges voici 15-20 ans. Ils nous ont fait travailler quasiment toutes les broderies qu'ils avaient en collection. On avait trois à cinq modèles par saison, ce qui était énorme, souligne Jérôme Bracq. L'entreprise a pris un essor considérable. En 1999, on a été accueilli les bras ouverts par le maire de Fontaine-au-Pire, qui nous a proposé une taxe professionnelle intéressante. On a beaucoup investi. » L'équipe prend place dans une structure de 2100 m2, rue Roger Salengro.
Sans les Belges
Tout va parfaitement bien pour les frères Bracq, à la tête d'une vingtaine de salariés. Sauf qu'en 2005, la société apprend qu'elle va perdre son client majeur. Son avenir s'obscurcit. Contre vents et marées, les frangins tiennent bon. Ils ont conscience que leur salut ne pourra venir que par un petit brin de folie : le lancement de leur propre marque de lingerie de luxe. Le 25 avril 2008, les premières pièces de Secret d'Eva sont présentées en comité restreint au théâtre de Cambrai. Un an et demi plus tard, les mannequins, encore plus belles, présentent les collections automne-hiver 2009 et printemps-été 2010. Près de 80 000 pièces par an sortent de l'usine fontenoise. Environ deux fois plus qu'au lancement de la marque. Elles sont vendues sur les Champs-Elysées comme en Nouvelle-Calédonie, à Caudelec-les-Elboeufs, Orléans, Bandol... Elles conquièrent peu à peu l'Europe. Malgré ces signes encourageants de développement, l'entreprise jouera une partie de son avenir dans les prochains mois. Soit Secret d'Eva va se faire une place définitive dans la cour des grands, et justifier ainsi de lourds investissements, soit elle tombera dans l'oubli, étouffée par le contexte exacerbé de concurrence agressive. Les frères Bracq ne le savent que trop bien.

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