Ramillies : Une balle à bout portant

Mireille Degousée a été abattue d'une balle dans la nuque.
Le 30 juillet 2006, Mireille Degousée invite son amant à dîner. A la suite d'une crise de rage et de jalousie, Gérard Israël, son mari, l'abat d'une balle dans la tête.
Le 30 juillet 2006, la petite commune de Ramillies est secouée par un terrible drame. Ce qui devait être une douce soirée d'été s'est transformé en un fait divers sanglant. Mireille Degousée a été abattue par son mari Gérard Israël d'une balle de fusil de chasse en pleine tête.
Qu'est-ce qui a poussé Gérard Israël, 51 ans, ancien conseiller municipal, à commettre l'irréparable ?
La jalousie serait le mobile. Le 30 juillet 2006, Mireille convie Christophe à dîner, sans en avoir parlé à son mari. A l'apéritif, le pastis coule plus que de raison. Gérard est convaincu que l'invité est l'amant de sa femme. Pendant qu'elle prépare le repas, des spaghettis à la bolognaise, il s'endort sur le canapé. A son réveil, Christophe est parti.
Une dispute éclate au sein du couple. Le ton monte : « Je me casse », lance Mireille. Lui, répond : « Si tu te barres, je prends le fusil...». Mireille s'en moque : « Tu n'en seras pas capable...». Malheureusement pour elle, les instants qui suivent vont prouver le contraire. Fou de rage et de colère, Gérard monte à l'étage. Il sort de dessus une armoire un fusil de chasse. Il cherche des cartouches dans un tiroir et finit par charger l'arme de deux projectiles destinés à chasser le gros gibier. Gérard redescend. Il s'approche de sa femme par derrière. L'arme est pointée sur la nuque à quelques centimètres... Le coup part. Mireille s'effondre, morte sur le coup.
« Si vous n'êtes pas là dans deux minutes, je me tire une balle. »
Gérard Israël appelle lui-même les gendarmes et lance au téléphone : « Si vous n'êtes pas là dans deux minutes, je me tire une balle. » En attendant les forces de l'ordre, il s'assoit et boit deux pastis. Les gendarmes arrivent sur place et l'interpellent.
L'expertise balistique et l'autopsie de la victime confirment les déclarations de l'ancien conseiller municipal de Ramillies. S'il n'y a donc guère de doutes sur l'identité du tueur, reste aux jurés de la cour d'assises à comprendre comment l'histoire de ce couple a pu prendre une tournure dramatique.
« Un cri d'amour pour qu'il redevienne celui qu'il avait été »
Ces deux personnalités sont cassées. Elles ont reproduit les modèles de leur jeunesse. Ces « enfants martyrs » sont devenus des adultes malades de l'alcool, auteurs de violences réciproques a minima verbales. « Ils ont essayé de faire un bout de vie ensemble, d'être chacun le tuteur de l'autre, rappelle l'avocat général. Cela a marché un temps, puis le couple a commencé à plonger. Tous deux en souffrent. Chacun a sa solution, l'une pire que l'autre. » Employé depuis une trentaine d'années à la sucrerie d'Escaudoeuvres, Gérard est décrit comme « un homme courageux, jovial, travailleur et généreux ».
Mais Gérard ne sait pas communiquer. « Il faut l'admettre : il n'arrive pas à exprimer ses émotions. Ce n'est ni un romantique, ni un sentimental », reconnaît son avocate. Et Mireille finit par se lasser. Elle qui a toujours rêvé du prince charmant fait la connaissance de Christophe. « Il lui avait donné le goût de vivre. Mais c'était aussi un défi qu'elle lançait à son mari, un cri d'amour pour qu'il redevienne celui qu'il avait été, souligne Me Royal-Delavenne, l'avocate de la partie civile. Elle a acheté un réfrigérateur américain quelques jours avant sa mort. Je n'ai pas le sentiment qu'elle ait voulu le quitter. »
C'est pourtant son amant qu'elle invite à manger à la maison ce 30 juillet 2006. Décrit « psychorigide », l'époux bafoué « ne peut se remettre en cause ». Pour l'avocat général, la mort de Mireille Degousée se dessinait depuis déjà quelques jours.
A l'heure de prendre la parole une dernière fois, Gérard Israël a laissé furtivement transparaître de l'émotion dans ses propos. Aux bords des larmes, il a demandé pardon aux enfants de Mireille Degousée. Le jury s'est alors retiré pour délibéré. Au bout de deux heures, le verdict tombe : 10 ans de prison.
Article rédigé par :
Gauthier Clausse